L’Etoile au soleil de minuit d’Anne Smith

L’Etoile au soleil de minuit, récit illustré de peintures, est une oeuvre d’Anne Smith, Peintre Officiel de la Marine (POM) qui raconte le quotidien à bord de l’Etoile,  goélette école de la Marine nationale, lors d’un voyage dans le Grand Nord. (Editions Ouest France)

Les Peintres Officiels de la Marine sont un corps tout à fait particulier. De création ancienne (1830 pour la date officielle, mais la pratique précède les textes depuis Richelieu), fort d’une ascendance illustre – Vernet, Garneray, Signac, Ziem, Hambourg, Marin-Marie,… -, il est aujourd’hui composé de quarante-cinq membres, peintres, sculpteurs, plasticiens ou photographes. Sélectionnés sur dossier, ils ont statut d’officier subalterne (pour les peintres agréés) ou supérieur (pour les peintres titulaires) et le privilège enviable de pouvoir embarquer sur tous les bateaux de la Marine Nationale pour y exercer leur art.

Depuis quelques années, le corps s’est féminisé. Six femmes en tout, soit à peu près le taux de féminisation de la Marine. Parmi elles une française d’origine anglaise. Anne Smith a navigué sur les bateaux gris. Lorsqu’une occasion lui est donnée d’embarquer sur l’Etoile pour une navigation qui doit la conduire au Groenland, en passant par les Féroé et l’Islande, elle se jette à l’eau.

La navigation doit durer plusieurs mois, elle n’hésite pas. Il faut passer un test pour prouver son envie (les places sont rares et la sélection s’effectue par tout moyen), elle ne se dégonfle pas. Il faut à bord être membre à part entière, tenir le quart et participer aux manœuvres, elle s’y lance. Qui a dit que les femmes à bord ne tenaient pas la mer ? Pas ceux qui ont navigué avec elle et les autres femmes embarquées, celles qu’elle désigne par leur surnom, « la parisienne », « la sorcière », « la cuisse », …

De cette navigation inhabituelle pour elle (elle doit gérer son temps de quart et son temps d’artiste), elle a tiré ce beau livre, où elle retrace tout à la fois son expérience à bord, ses rencontres, entrecoupée de réminiscences sur son parcours et sa vie de « POM ». Le texte est léger et non dénué d’un humour assez britannique. S’y dévoile, au travers de multiples anecdotes, un certain sens de l’observation. Quoi d’étonnant pour un peintre ?

On le retrouve bien sûr dans ses peintures, prises sur le vif, qui ponctuent le récit. Les gouaches d’Anne Smith, portraits et paysages, portent les mouvements en mer et les poses des marins. Elles accompagnent le texte à l’envie. C’est à qui l’emportera sur l’autre. Avec cet agréable ouvrage, presque intime, gageons qu’Anne Smith et les POM gagneront encore en reconnaissance, au-delà de leur univers Marine ordinaire.

Capitaine de corvette (R) Jean-Pascal Dannaud
Vice-président, Comité du prix littéraire ACORAM